Rembrandt sur les grands boulevards

J’avais promis de parler de deux autres expos vues à Paris fin septembre. La patience étant une vertu… c’est le moment de le faire !

Le musée Jacquemart-André propose jusqu’au 23 janvier 2017 une exposition consacrée à Rembrandt intitulée « Rembrandt intime ». Le combo me plaisait car le musée Jacquemart-André est l’un de mes musées préférés et Rembrandt un artiste que j’adore. J’étais donc assez emballée mais je m’interrogeais sur ce que cette exposition allait pouvoir apporter comme nouveauté sur le célébrissime peintre hollandais.

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Et justement, la réponse est… RIEN.

Alors, évidemment, j’ai beaucoup aimé l’exposition parce que Rembrandt, quoi ! Mais au-delà du plaisir de voir ou revoir des œuvres de l’artiste dans une ambiance cosy et feutrée, je n’ai pas eu l’impression d’apprendre des choses sur l’artiste ni même de le voir selon un angle original. Je ne pense pas qu’il soit d’ailleurs forcément nécessaire de faire des expositions à sensations avec des révélations ou des nouveautés mais je trouve honnête de dire que celle-ci est justement une exposition assez conventionnelle, sans découverte. Car si on connaît bien l’œuvre de Rembrandt, on y retrouve les habituels effets de clair-obscur, la maîtrise des matières (fig. 2), les croquis enlevés (fig. 1), les gravures riches et obscures et si l’on connaît bien la vie de Rembrandt on y retrouve les débuts chez Lastman, l’installation à Amsterdam, la rencontre avec Saskia, la célébrité et la richesse, la mort de Saskia, les concubines illicites et les années de faillite.

Rembrandt, Un acteur en capitan, 1633-1637, plume et encre brune sur papier, 18,2 x 15,3cm, Amsterdam, Rijksmuseum.
Fig. 1 : Rembrandt, Un acteur en capitan, 1633-1637, plume et encre brune sur papier, 18,2 x 15,3cm, Amsterdam, Rijksmuseum.

Contrairement à l’exposition organisée en Louvre en 2011 sur « Rembrandt et la figure du Christ » qui s’attachait à un aspect particulier du travail de Rembrandt, ici, on évoque tout de manière plutôt superficielle. C’est un choix qui se respecte car l’avantage c’est de proposer une exposition accessible à tous. Le résultat c’est que les spécialistes de Rembrandt ne doivent pas avoir trop d’attentes sur l’exposition. On y passe un bon moment, c’est tout.

Fig. 2 : Rembrandt, Portrait d'Hendrickje Stoffels, 1654-1656, huile sur toile, 100 x 84 cm, Londres, National Gallery.
Fig. 2 : Rembrandt, Portrait d’Hendrickje Stoffels, 1654-1656, huile sur toile, 100 x 84 cm, Londres, National Gallery.

Les points forts de l’exposition :

– une scénographie assez sobre mais avec des effets d’intimité, notamment grâce aux épaisses moquettes au sol. Ça tombe bien l’expo s’intitule « Rembrandt intime » !

– une occasion de voir les trois tableaux que le musée possède[1] (fig. 3, 4 et 5) dans leur contexte, ce qui n’est pas le cas habituellement puisque le musée Jacquemart-André présente avant tout les des goûts d’un couple de collectionneurs.

– une résumé de l’œuvre de Rembrandt facile et accessible pour ceux qui ne connaissent pas bien l’artiste. Et un peu de tout : peintures, dessins, gravures, ce qui est intéressant pour bien comprendre la virtuosité rembranesque.

Fig. 3 : Rembrandt, Portrait d'Amalia van Solms, v. 1632, huile sur bois, 69 x 56 cm, Paris, Musée Jacquemart-André.
Fig. 3 : Rembrandt, Portrait d’Amalia van Solms, v. 1632, huile sur bois, 69 x 56 cm, Paris, Musée Jacquemart-André.
Fig. 4 : Rembrandt, Portrait du Dr Arnold Tholinx, 1656, huile sur toile, 76 x 63 cm, Paris, Musée Jacquemart-André.
Fig. 4 : Rembrandt, Portrait du Dr Arnold Tholinx, 1656, huile sur toile, 76 x 63 cm, Paris, Musée Jacquemart-André.

Les points faibles :

– les espaces exigus des salles d’exposition temporaire du musée. Autant les pièces de l’hôtel particulier sont généralement vastes et la circulation fluide, autant dans l’espace d’exposition on est serré et l’espace est labyrinthique.

– une majorité d’œuvres déjà vues, revues et présentées dans les expositions des dernières années.

– un parcours chronologique, peu original et sans surprise, un brin plan-plan.

Fig. 5 : Rembrandt, Le Repas des pèlerins d’Emmaüs vers 1629, huile sur papier marouflé sur bois, 374 x 423 cm, Paris, Musée Jacquemart-André.
Fig. 5 : Rembrandt, Le Repas des pèlerins d’Emmaüs, vers 1629, huile sur papier marouflé sur bois, 37,4 x 42,3 cm, Paris, Musée Jacquemart-André.

A ne pas manquer :

Les Pèlerins d’Emmaüs, première version (fig. 5). L’une des œuvres les plus réussies de tous les temps sur le sujet. Une économie de moyens, une proposition originale, une œuvre de jeunesse qui laisse imaginer le potentiel de l’artiste[2]. Très efficace. D’ordinaire, lorsque je passe au musée Jacquemart-André, je fais systématiquement un crochet dans la salle où est présentée cette œuvre et je vérifie qu’elle fait toujours de l’effet malgré sa petite taille et les chefs-d’oeuvres qui l’entourent.

Fig. 6 : Rembrandt, Vieil homme en costume oriental, 1632, huile sur toile, 152,7 x 111,1 cm, New York, Metropolitan Museum.
Fig. 6 : Rembrandt, Vieil homme en costume oriental, 1632, huile sur toile, 152,7 x 111,1 cm, New York, Metropolitan Museum.

Le Vieil homme en costume oriental du Metropolitan Museum (fig. 6). Le talent de Rembrandt est entièrement dans ce grand tableau, très bien présenté à l’extrémité d’un couloir et d’une salle exigüe : on le découvre de loin et l’éclairage lui rend hommage. Le peintre aimait faire poser des gens plus ou moins ordinaires pour des portraits historiés. Sa collection de costumes orientaux était aussi une passion. Les deux conjugués donnent des œuvres somptueuses, aux tissus brillants et aux expressions déroutantes de naturel. Mais difficile parfois de savoir qui est représenté : un portrait costumé d’un notable amstellodamois ou un personnage biblique incarné par un contemporain du peintre ?

Pour en savoir plus :

On voit l’exposition au musée Jacquemart-André, 158 boulevard Haussmann, Paris, 8e. Du 16 septembre 2016 au 23 janvier 2017, tous les jours 10h-18h.

[1] Nélie Jacquemart et Edouard André ont acheté au XIXe siècle trois tableaux de Rembrandt pour leur collection. Chose rare, ces trois tableaux sont toujours attribués au peintre alors que de nombreuses réattributions sont venues diminuer le catalogue raisonné de l’artiste.

[2] J’en parle un peu dans une conférence réalisée l’année dernière pour Expressions – Centre d’art pour tous de Saint-Pierre Quiberon et dont on peut écouter un extrait ici.

 

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