Le String de Jean-Baptiste #1

Pour le premier article sur le blog Artémis à la plage, il me fallait quelque chose de classique mais de sensationnel. Et quoi de mieux que Michel-Ange et la chapelle Sixtine ?! Impossible de tout aborder en un ou deux articles, il y a donc fort à parier qu’on reparlera du maître et de la chapelle à d’autres occasions. En attendant, pour les débuts, il me semblait opportun de parcourir une des œuvres qui me divertit le plus en Histoire de l’Art : Le Jugement Dernier [fig. 2]!

Michel-Ange, Le Jugement Dernier, 1536-1541, fresque, Vatican, Chapelle Sixtine.
Fig. 2 : Michel-Ange, Le Jugement Dernier, 1536-1541, fresque, Vatican, Chapelle Sixtine.

De la peinture de Michel-Ange on ne connaît finalement que peu de choses. La Chapelle Sixtine éclipse à peu près tout le reste. Et Michel-Ange éclipse aussi tous les autres peintres qui ont œuvré dans la Chapelle. Car il est injuste de ne mentionner que Michel-Ange alors que Ghirlandaio, Botticelli, Pérugin… (une dream team quand même !) ont aussi laissé leurs marques sur les murs latéraux du bâtiment, bien avant le jeune prodige [fig. 3]. En outre, certaines retouches ont été effectuées après la mort de Michel-Ange sur la fresque du Jugement Dernier, et on en reparlera.

Chapelle Sixtine, Vatican
Fig. 3 : Chapelle Sixtine, Vatican

Michel-Ange était une forte tête ! Et lorsqu’il commença la peinture de la voûte (La Genèse, les prophètes, les ancêtres du Christ), il renvoya assez vite tous ses assistants les jugeant passablement incompétents, ne gardant que quelques aides pour les tâches subalternes (préparation du mortier, broyage des pigments). Quand il peignit plusieurs années plus tard le Jugement Dernier sur le mur ouest, il travailla également seul, après s’être fâché avec un ami de 20 ans, le peintre Sebastiano del Piombo [1]. Et c’est pourquoi la chapelle Sixtine peut vraiment être considérée comme une œuvre parfaitement autographe de l’artiste (si on exclut les retouches qui eurent lieu ensuite). En passant, vous remarquerez la force de travail du maître âgé de 60 ans : 4 ans et demi de travail seulement (entre 1536 et 1541) pour les 170 m² environ du Jugement Dernier !

Lorsque Michel-Ange se lance dans cette entreprise, c’est un artiste mature, célébré, qui n’a plus rien à prouver. Mais parce qu’il est sûr de lui, il traite le sujet avec vigueur et une certaine audace : un nombre important de personnages, des musculatures fort développées, une nudité insistante. En fait, Michel-Ange est en pleine possession de ses moyens et il s’amuse à exagérer certains effets de style. Bref, on est en pleine période maniériste. Mais, le peintre possède aussi des arguments convaincants pour expliquer ses choix stylistiques.

Michel-Ange, Le Jugement Dernier, détail de la résurrection, 1536-1541, fresque, Vatican, Chapelle Sixtine.
Fig. 4 : Michel-Ange, Le Jugement Dernier, détail de la résurrection, 1536-1541, fresque, Vatican, Chapelle Sixtine.

Le Jugement Dernier représente la résurrection de tous les hommes à la fin des temps (tous les hommes, et les femmes aussi, hein), il y a donc foule [fig. 4]. Une foule plus ou moins ordonnée en fonction de sa destination : le Paradis ou l’Enfer. La musculature (trop) développée est un choix plus personnel : Michel-Ange préfère travailler à partir des corps masculins et on comprend son enthousiasme pour les poses contorsionnées qui font ressortir les beaux muscles des hommes représentés. On remarquera aussi que les femmes possèdent une musculature masculine, moins heureuse à contempler sans doute [fig. 1]. Mais ce choix formel est aussi utile car la fresque est faite pour être vue de loin et les détails des muscles se doivent d’être lisibles. C’est ce qui fait ressortir les personnages quand on se trouve à l’opposé de la salle. Quant à la nudité, et bien… il y a aussi une raison à sa présence. Ce que l’on voit ce sont des âmes et bien que figurés, leurs corps ne sont pas réels : ils sont donc idéalisés et nus. Et puis la nudité est aussi un gage de l’innocence des élus (la Vérité est nue) aussi bien que de l’aspect charnel des damnés (le côté plus sexy si on veut). Si l’on observe avec attention le passage consacré à la résurrection, des squelettes enveloppés de linceuls sortent du sol et ce n’est qu’en gagnant de la hauteur qu’ils reprennent forme humaine et se dévêtissent [fig. 5].

Michel-Ange, Le Jugement Dernier, détail de la résurrection, 1536-1541, fresque, Vatican, Chapelle Sixtine.
Fig. 5 : Michel-Ange, Le Jugement Dernier, détail de la résurrection, 1536-1541, fresque, Vatican, Chapelle Sixtine.

On comprend que Michel-Ange, tout en étant audacieux dans son traitement des corps, respecte plutôt son sujet : des âmes élues ou damnées qui apparaissent dans un chaos organisé inhérent à la fin des temps.

Et le string de JB me direz-vous ? Attendez ! On en parle dans le prochain article…

Pour en savoir plus :

[1] Sur cette anecdote, on peut lire : B. AGOSTI, Michel-Ange et son entourage, Le Figaro, Paris, 2008, coll. Les Grands maîtres de l’Art, p. 311-316.

Pour en apprendre beaucoup, beaucoup plus sur l’iconographie de la Chapelle que je ne fais qu’effleurer dans ce court article on peut lire : H. PFEIFFER, La Chapelle Sixtine révélée, Hazan, Paris, 2007.

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